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On ne s’habitue pas. On est consternés ! On le savait déjà que le monde était à eux, qu’ils s’en gavaient jusqu’à l’outrecuidance et qu’il leur était bien égal qu’il meure, le monde, et nous avec, du moment qu’ils aient assouvi cette ambition suprême : s’enrichir, s’enrichir encore plus.

« Ils » ? Qui ça, « ils » ? « Ils », tous ceux qui brassent des millions sans vergogne, sans aucun sentiment de culpabilité, sans aucun sentiment pour tous ceux qui n’ont rien, tous ceux à qui ils ont tout pris.

Mais en Martinique, ce « ils » porte un nom. On sait où les trouver, ces pillards de l’humanité. On sait à qui demander des comptes. On les appelle les « Bekés », c’est à dire « les blancs créoles ». Bien pratique que d’avoir un nom pour pointer les responsables d’une situation explosive : la main mise sur tout un territoire par sept familles qui possèdent la plupart des richesses de l’île, et qui du haut de leur tour d’ivoire, bien à l’abri dans des forteresses de luxe, nichés au pied de l’eau bleue des Caraïbes, affament la population. On imagine si quelques noms circulaient ainsi, dans chaque département de la métropole...

Ici, pas besoin de se gêner ! La Martinique, c’est loin. Ca n’intéresse personne ! Oui mais voilà : les Bekés n’ont certainement pas lu Germinal. Quand on n’a plus rien à perdre, on joue le tout pour le tout. Les départements français d’outre-mer ont faim et demandent justice au pays des Droits de l’homme, le leur.

Chez nos compatriotes de la Martinique, la situation est limpide : après avoir mis des milliers d’hommes sous le joug de l’esclavage, après avoir échappé à la guillotine de la Terreur, les Bekés continuent de s’en mettre plein les poches, contrôlent l’exportation et l’importation de la plupart des denrées alimentaires, lesquelles arrivent dans les grandes surfaces avec un prix multiplié par trois ou quatre, car entre-temps, il a bien fallu remplir l’eau de quelques piscines privées.

Je le dis pour simplifier. N’empêche : il faut voir avec quelle suffisance l’un d’entre eux parle des bienfaits de l’esclavage. Il ne tombe donc pas sous le coup de la loi, celui-là qui parle de « race pure » ? Il nous montre un arbre généalogique sans tache : des centaines de noms issus d’un ancêtre esclavagiste unique, et qui n’ont pas failli : ils sont restés blancs et riches.

Aussi, il faut voir les conciliabules à l’Elysée ou à la Commission européenne. « Ils » se pointent en petit comité pour renverser à leur avantage les décisions qui viennent d’être prises. A Paris, ils sont comme chez eux. A Bruxelles, le terrain est balisé.

Il faut même les voir rappliquer aux obsèques d’Aimée Césaire, une larme à l’oeil !

Lorsque les garde-mobiles viennent débloquer l’accès au port de Fort de France, où les containers de bananes sont retenus par les grévistes, une femme hurle qu’elle travaille tous les jours, le samedi, le dimanche, les jours fériés et qu’elle a faim. Elle est française.

Barbara Moreau

Lien vers le documentaire : http://www.megavideo.com/?v=1Q1M01NV 52 mn


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Par René FREDON - Publié dans : Outre Mer
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