Pluralisme. Les états généraux de la presse, qui débutent aujourd’hui, n’aboutiront-ils qu’à créer ou consolider les grands groupes ?
Les états généraux de la presse ont commencés hier. Le président de la République a donné le coup d’envoi, par un
discours à l’Élysée, hier matin. Garantiront-ils « l’indépendance de la presse et la diversité de l’opinion », comme il semblait le souhaiter ? Mardi, deux quotidiens de Poitiers, Centre Presse
et la Nouvelle République du Centre-Ouest étaient perquisitionnés pour « violation du secret de l’instruction ». « Provocation » ou exemple habituel de non-respect de l’indépendance des médias,
l’action sonne comme un « avertissement pour la profession de journaliste », selon le SNJ-CGT.
Au projet de loi « en souffrance » sur la protection des sources, attendu depuis longtemps par les journalistes, le
syndicat pense que Nicolas Sarkozy préférera « faire adopter des mesures d’urgence pour donner satisfaction à des éditeurs qui ne rêvent que de grands groupes multimédias, générateurs de profits
».
Décidé et piloté par le président seul (par le biais de son ancienne directrice de cabinet, l’ultralibérale Emmanuelle
Mignon), le processus ne vise officiellement qu’à « trouver des solutions aux difficultés économiques de la presse écrite ».
Alors que les gratuits, face à la crise, organisaient leur premier forum mondial mardi, les états généraux donneront lieu
à deux mois de consultations et de réflexion, menées par quatre pôles sous la direction d’Arnaud de Puyfontaine (ex-Mondadori, association pour la promotion de la presse magazine) pour l’atelier
« aspects économiques et industriels », Bruno Patino (directeur de France Culture, ancien du Monde) pour le « numérique », Bruno Frappat (Bayard presse, la Croix) pour l’atelier « métiers du
journalisme » et François Dufour (Playbac) pour « presse et société ». Le choix de personnalités partisanes, liées à des organisations professionnelles, « dont les exigences vont toutes dans le
sens d’une régression sociale », inquiète les syndicats. Tous se braquent contre la création de « grands groupes multimédias » qui renforcerait les monopoles existants. Une « obsession »,
dénoncée par le SNJ-CGT, comme par la Ligue des droits de l’homme, qui craint que « la modification de paysage de l’information » ne se fasse « au détriment du pluralisme » et de « l’indépendance
des journalistes ».
Le SNJ voit dans ces états généraux un clone de la commission Copé, qui fera « semblant de consulter, avant d’annoncer de
manière péremptoire les décisions dictées par les Lagardère, Bouygues, Bolloré et autres Dassault ». Un souci que partage Laurent Joffrin, directeur de Libération, appelant à « compléter le
dispositif » en proposant des réunions entre les professionnels et le public. En vain. Comme c’est l’usage lorsque Nicolas Sarkozy veut « réformer », sa solution est prête avant toute discussion.
Quelques semaines avant l’ouverture des états généraux, l’Élysée avait commandé un rapport à l’UMP Danièle Giazzi, qui donnait 34 recommandations sur les médias, notamment la fameuse création de
« champions internationaux » regroupant journaux, radios et télés…
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