Injections massives
des banques centrales et tentatives de replâtrages fébriles se multipliaient hier sur toute la planète financière.
Une extraordinaire fébrilité continuait de régner hier autour des marchés financiers. Les banques centrales des différentes grandes zones de
la planète se sont concertées afin d’injecter massivement de nouvelles liquidités, et les manoeuvres de sauvetage d’urgence des fleurons du secteur bancaire des États-Unis se sont accélérés, ce
qui n’a pas franchement réussi à réduire la dégringolade boursière. Après un léger rebond, on a assisté hier à une quatrième journée noire consécutive. Le CAC 40, par exemple, perdant plus de 1%
et passant sous la barre des 4000 points.
La Réserve fédérale (Fed) a annoncé qu’elle allait injecter 180 milliards de dollars sur les marchés par le biais de l’augmentation de ses
accords d’échanges (« swap ») avec la BCE et les banques centrales de Suisse, d’Angleterre, du Japon et du Canada. Ces swaps permettent aux instituts d’émission de se prêter réciproquement des
liquidités à court terme, lorsque l’une ou l’autre en a besoin pour stabiliser le système financier de son pays. La Fed bat ainsi le rappel de toutes ses consoeurs pour tenter de circonscrire
l’incendie né au coeur même du système à Wall Street.
Depuis plusieurs jours déjà elle fait chauffer la planche à crédits pour voler au secours des banques états-uniennes en difficulté en leur
rachetant des titres issus du crédit immobilier malade, titres qui n’ont souvent plus aucune valeur puisqu’aucun investisseur ne veut plus se risquer à les acheter. Seulement ces injections
massives de liquidités sans contrepartie réelle alimentent l’inflation et on peut en mesurer les premières conséquences avec l’amorce d’un mouvement de baisse très nette du billet vert face à
l’euro, qui était coté hier à 1,45 dollar, contre 1,42 la veille. Cette évolution n’est naturellement pas une bonne nouvelle pour les productions européennes, dont la compétitivité se trouve
ainsi pénalisée par l’euro fort.
Les autorités américaines tentent aussi de finaliser à la hâte une restructuration de l’ensemble du secteur bancaire. Après les défaillances
successives de Bear Stearn, Merrill Lynch et Lehman Brothers, des discussions autour de la reprise de Morgan Stanley - l’une des deux dernières rescapées des grandes banques d’affaires de Wall
Street - sont en cours. Selon un premier scénario, ce serait la banque commerciale états-unienne Wachovia qui serait pressentie pour mettre la main sur le mastodonte à la dérive. Un autre schéma
serait également envisagé, associant la banque britannique HSBC et le chinois CITIC. Par ailleurs, la banque Washington Mutual, au bord de la faillite, pourrait être reprise par deux autres
géants bancaires des États-Unis, Citigroup et JP Morgan. Cependant, en admettant même que des accords effectifs puissent être trouvés, rien ne permettait hier de miser le moindre dollar sur la
capacité de tels Mecanno, bricolés dans la fièvre, à rétablir un minimum d’équilibre.
En Grande-Bretagne, où l’ensemble du système bancaire est frappé de façon analogue, les tentatives de replâtrage d’urgence se multiplient
également. Ainsi Halifax Bank of Scotland (HBOS) a-t-elle dû accepter son rachat par Lloyds TSB sous la houlette active du gouvernement britannique. Et on apprenait hier après-midi que le
gouvernement chinois avait commencé à acheter des actions dans trois des principales banques du pays pour soutenir leurs cours en Bourse, ce qui fait mesurer, au passage, combien le krach touche
l’ensemble du monde de la finance globalisée.
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