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Jeudi 18 septembre 2008
Nouvelle journée de panique sur les places boursières face à la crise. L’Europe est désormais aux premières loges, ce qui conforte un urgent besoin d’alternatives.

L’onde de choc provoquée par la faillite de Lehman Brothers et la reprise de Merrill Lynch par Bank of America est loin d’avoir fini d’ébranler la planète financière. Même si d’aucuns cherchent à se rassurer à bon compte en s’extasiant sur une prétendue capacité de la Réserve fédérale (la FED) et de l’administration US à « purger le système » en renonçant à voler au secours de la quatrième banque d’affaires des États-Unis. Quant à l’économie réelle, elle ne serait affectée qu’à la marge. Et l’Europe, renchérissait même, hier, Ernest-Antoine Seillière, président de Business Europe, la confédération patronale de l’UE, ne serait finalement « pas menacée ».

Le plaidoyer cherche en fait à cacher l’essentiel : les événements de ces dernières semaines avec la nationalisation de Fannie May et Freddie Mac pour quelque 200 milliards de dollars (160 milliards d’euros), puis les défaillances des deux grandes banques d’affaires de Wall Street constituent bien les symptômes d’une débâcle globale du système financier international. « C’est la plus grave crise depuis un siècle », a lancé Alan Greenspan, l’ancien numéro un de la FED, que l’on ne saurait soupçonner d’incompétence sur le dossier.

Le patron du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn, invoque certes une grande « restructuration » du système bancaire des États-Unis, qui n’autoriserait « pas à céder à la panique », mais pour préciser aussitôt qu’on assiste à « une crise financière jamais vue », car partie du « coeur même du système ». La gravité du phénomène a pris une dimension si évidente qu’on retrouve désormais dans toute la presse économique pour le moins des interrogations sur son caractère « systémique ». Et à y regarder de plus près, tous les ingrédients d’une contagion bien plus large sont réunis.

De nouveaux dominos sur le point de chuter

Après Lehman Brothers et Merril Lynch, d’autres banques sont au bord de la défaillance. Impliquées de la même façon dans les crédits immobiliers pourris - les fameuses subprimes d’où est partie toute la crise, il y a un an, à la suite de l’éclatement de la bulle immobilière ou leurs produits financiers dérivés -, elles ont dû encaisser des pertes ou des dévalorisations d’actifs considérables. La banque Washington Mutual vient ainsi en tête d’une longue liste de condamnés potentiels à la cessation de paiement. Son bilan s’est très gravement détérioré (12 milliards de dollars de pertes et de dévalorisation d’actifs).

Même Goldman Sachs et Morgan Stanley, les banques d’affaires numéro un et deux de Wall Street, ne semblent plus pouvoir échapper à une vaste réorganisation de leur activité pour se sauver des eaux menaçantes. Le moteur des profits faramineux réalisés par les deux géants au cours des dix dernières années, qui consistait à aller sur le marché des capitaux pour acheter de la dette susceptible de démultiplier les retours sur investissements, ne marche plus. Et de nombreux observateurs de considérer que Goldman Sachs et Morgan Stanley ne pourront s’en sortir, à leur tour, qu’adosser à une grande banque de détail.

Le secteur assurantiel n’échappe pas à la contamination. La plus grande compagnie d’assurance du monde, American International Group (AIG) apparaît comme l’une des plus exposées. Après avoir perdu plus de 60 % de sa valeur boursière, lundi à Wall Street, elle semblait, hier, toujours plus proche du gouffre, le gouverneur de l’État de New York déclarant même que l’assureur « n’avait plus qu’un jour pour négocier » les cessions d’actifs nécessaires à sa survie.

Émissions massives de « monnaie de singe »

Pour voler au secours des établissements en difficulté et tenter de calmer la dégringolade boursière qui se poursuit, les banques centrales ont injecté massivement des liquidités sur les marchés. La Banque centrale européenne (BCE) est ainsi intervenue à hauteur de 70 milliards d’euros hier matin. Elle était rejointe dans l’après-midi par la Réserve fédérale (FED) qui a versé, elle, quelque 50 milliards de dollars (35 milliards d’euros) dans le circuit et annoncé qu’elle était « prête à faire davantage ». L’objectif est d’éviter une asphyxie généralisée et d’échapper à une situation où les banques ne trouvant plus preneurs des produits financiers qu’elles ont en réserve - et s’échangent normalement avec leurs consoeurs pour se refinancer - ne pourraient plus continuer à fonctionner.

Ce faisant cependant, la méthode est on ne peut plus spécieuse. Pour la FED en particulier, puisqu’elle a déclaré qu’elle était désormais prête à accepter, en échange de nouveaux crédits, tous les titres, y compris les plus dégradés, qui pullulent dans les coffres des banques et autres opérateurs de Wall Street. Autrement dit : la Réserve fédérale fait fonctionner la planche à crédit et émet de la monnaie nouvelle sans aucune contrepartie réelle. Sachant naturellement que les banques utiliseront d’abord ces facilités pour tenter de « se refaire » et non pour offrir à d’éventuels clients la possibilité de réaliser tel ou tel investissement utile à l’économie. C’est là la parfaite définition de la création d’une monnaie de singe qui ne peut que contribuer à alimenter une inflation déjà très élevée et entraînée le pays encore un peu plus loin dans la spirale récessive qui l’affecte.

Les États-Unis dans une spirale récessive

La dévalorisation du dollar, qui avait atteint ces dernières semaines des sommets par rapport à l’euro et au yen, aura certes permis un temps de délocaliser la crise vers l’Europe et le Japon, ces deux zones voyant la compétitivité de leurs productions affectées tandis que la vente des produits Made in USA était dopée. D’où l’exposition toute particulière de l’Europe à la crise, celle-ci frisant aujourd’hui la récession alors que les États-Unis affichent encore un taux de croissance de plus de 2,5 % en rythme annuel.

Mais ce dopage par injection massive de dollars a des limites. Et tous les signes passent à leur tour au rouge outre-Atlantique où la consommation, le moteur essentiel de la croissance, donne des signes de ralentissement très nets. La hausse des prix, la perte du logement ou de l’emploi frappent les classes moyennes, les dissuadant de réaliser des achats trop onéreux, ou les poussant à épargner pour se prémunir des mauvais jours qui s’annoncent.

Le coup de frein, voire le début de récession qui semble se profiler pour le troisième trimestre pourrait être le prélude à une véritable dépression. Ce qui n’est pas non plus une bonne nouvelle pour l’Europe, on l’aura compris. Quoi qu’il en soit, celle-ci, ses dirigeants, ses citoyens sont prévenus : le besoin d’agir pour se prémunir des ravages du système malade et faire valoir de vraies alternatives n’a jamais été aussi prégnant. Et ça urge.

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Par Papyves83 - Publié dans : Economie
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