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Vendredi 20 juin 2008

Fressoz Françoise, Le Monde du 20 juin 2008

C'est à la quarantième minute que le coup est parti. "Des évolutions m'inquiètent", s'est exclamé Alain Juppé devant un parterre d'aficionados réunis, mercredi 18 juin, à la Fondation pour l'innovation politique (FIP). "En 1995, Jacques Chirac avait dit qu'il était prêt à entrer dans l'OTAN si les Américains partageaient le pouvoir et si l'Europe construisait une défense. Aujourd'hui, je crains que le "s" ait disparu. Si on entre dans l'OTAN sans condition, ce sera un marché de dupe", a indiqué l'ancien premier ministre.

Mots ciselés, façon nette de se démarquer des annonces faites la veille par Nicolas Sarkozy, qui avait redéfini devant 3 000 militaires la politique de défense de la France. Le maire de Bordeaux aurait-il choisi la date du 18 juin pour signer son retour sur la scène nationale ?

Depuis sa réélection en mars, M. Juppé se montrait discret, refusait la plupart des demandes d'entretien de la presse, se concentrait sur la coprésidence de la commission du Livre blanc sur les affaires étrangères et européennes, qui rendra ses travaux à la mi-juillet.

"LE GAULLISME N'EST PAS MORT"

Mais lorsque la FIP l'a invité à débattre de l'héritage de Mai 68, il n'a pas résisté à la tentation. "Une fondation qui m'est chère", a-t-il martelé, comme pour mieux rappeler une histoire commune qui n'a pas toujours été heureuse : fondée en 2002 par Jérôme Monod pour servir de laboratoire idéologique à l'UMP que présidait alors M. Juppé, la FIP a été mise sur la touche en 2004 lorsque M. Sarkozy s'est emparé du parti. Depuis, elle s'est autonomisée et conserve des liens avec le maire de Bordeaux, qui pourrait s'en servir comme d'une rampe de re lancement. "Le gaullisme n'est pas mort, au moins dans l'esprit de certains", a-t-il lancé.

Décrispé, M. Juppé a livré quelques confidences : s'il ne s'est "jamais senti à l'aise avec Mai 68", il a bel et bien voté quelques années plus tard pour un candidat d'extrême gauche parce que le gaulliste qui se présentait en face incarnait trop "l'immobilisme".

Concédant des difficultés récurrentes à "communiquer", le maire de Bordeaux a pris le risque d'allonger la liste de ses ennemis en moquant les radios qui "le matin donnent la parole à des gens qui n'ont que des conneries à dire". Mais l'essentiel de son propos a consisté à valoriser le rôle du chef qui voit loin et assume. Sur l'affaire du référendum irlandais, il a contesté l'idée que les élites soient de nouveau sur la sellette.

Selon lui, il faut au contraire se demander si, en matière de construction européenne, "les élites ne sont pas en avance et le peuple en retard". Sur la présidence Sarkozy, il s'en est tiré par une pirouette : "Je ne crois pas trop à la dérive monarchique", ajoutant, sibyllin : "Le style peut-être, mais le style, c'est l'homme."

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Par Papyves83 - Publié dans : Revue de Presse
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