
Bonne nouvelle pour les familles : la carte «famille nombreuse» est rétablie. Et de surcroît, avec un bonus ! Jusque-là réservée aux familles
avec trois enfants, elle sera élargie aux familles monoparentales et aux familles modestes avec deux enfants. Et c’est le budget de l’Etat qui en supportera le coût. C’est ce qui s’appelle une
retraite en rase campagne. Alors que le gouvernement comptait faire une économie, en se défaussant sur la SNCF du soin de faire voyager à bon prix les familles nombreuses, voilà qu’il se retrouve
avec une charge en plus.
En sortant de l’Elysée, hier après-midi, François Fondard, le président de l’Union nationale des associations familiales (Unaf), cachait mal
sa satisfaction : «La carte est repartie au moins pour dix ans !» Et d’énumérer les garanties obtenues de la bouche même du Président : le maintien de la carte dans le champ de la politique
familiale, la garantie du financement sur le budget de l’Etat et son universalité. Le patron de la puissante Unaf est surtout soulagé que les tarifs privilégiés accordés aux familles «ne soient
pas tributaires de la politique commerciale forcément aléatoire de la SNCF», comme le voulait le gouvernement.
Pour panser les dégâts sur l’opinion de la désastreuse communication autour de cette carte, l’Elysée a même dû en rajouter une louche, en
ciblant les petites familles modestes. L’idée un temps caressée de conditionner aux revenus les avantages de la dite carte a été enterrée. Adieu donc les économies.
Pataquès. Cette affaire de la carte famille était mal enclenchée depuis le début. A l’origine du pataquès, deux lignes, noyées dans une longue
liste de mesures d’économies, en page 23 d’un gros rapport sur la «modernisation des politiques publiques». Cette mesure décrétait «la prise en charge, en les maintenant, des tarifs sociaux de la
SNCF par la politique commerciale de l’entreprise». Acculé à trouver 7 milliards d’économies, le gouvernement a sommé ses ministres de passer au crible tout ce qui pouvait alléger les dépenses
publiques. D’où l’idée de ressortir cette mesure, qu’Alain Juppé, en son temps, avait repéré. Mais il avait deviné son caractère explosif. Une sagesse qui a fait aujourd’hui défaut.
D’un montant de 70 millions d’euros, la charge des tarifs sociaux est pourtant minuscule au regard du budget de l’Etat. Elle n’est pas non
plus astronomique pour une SNCF qui a dégagé plus d’un milliard de profits en 2007. Sauf qu’à l’heure de l’ouverture du chemin de fer à la concurrence, «le social, ce n’est plus le business de la
SNCF», souligne un syndicaliste. Une conviction vite partagée par l’Unaf, qui mettra le feu après qu’une «journaliste a voulu nous faire réagir dessus» (le Monde du 9 avril), raconte François
Fondard. Et de tonner aussitôt : «Pas question que l’on fasse des économies sur le dos des familles.» Le syndicat Sud, la CFTC, les Verts…, les usagers des transports embrayent. Le gouvernement,
lui, essaye d’éteindre l’incendie, mais dans la plus grande cacophonie. Dominique Bussereau, le ministre des Transports, croit rassurer en disant qu’il a demandé à la SNCF «de mettre au point des
tarifs au moins aussi avantageux que les tarifs sociaux». Mais Nadine Moreno, secrétaire d’Etat à la famille, s’embrouille en évoquant la mise en place «de produits commerciaux». Les familles
traduisent : «La carte famille nombreuse va devenir payante (comme la carte enfant Plus, autour de 50 euros) et les places à tarif ré duit seront contingentées.» Jean-François Coppé, président du
groupe UMP à l’Assemblée se dit «hostile à la réforme», et parle d’une mesure d’économie qui «met à mal un pilier de la politique familiale». Jean-Louis Borloo, le ministre de l’Ecologie essaie
alors de reprendre la main en risquant la promesse d’une carte qui «sera maintenue d’une façon ou d’une autre».
Facture. Morale de cette histoire : toute cette publicité faite autour de la carte famille pourrait bien la relancer. 650 000 familles
seulement bénéficient de cette carte, faute pour certaines d’avoir songé à la demander. Alors qu’1,4 million y ont droit, selon les calculs de l’Unaf. La facture pourrait s’avérer coûteuse pour
les finances publiques.
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