Mercredi 10 décembre 2008
Libération du 10 décembre 2008
La position du Premier ministre Caramanlis, dépassé par les événements, apparaît fragilisée.
C'est un pouvoir à la dérive, paralysé face aux violences de la rue, les plus graves depuis le retour de la Grèce à la
démocratie, en 1974. Les médias, de droite comme de gauche, tirent à boulets rouges sur le gouvernement ; s'indignant de son impuissance. «Des flammes sur un vide de pouvoir», titrait, hier, le
quotidien libéral Kathimerini. Au pouvoir depuis 2004, le Premier ministre conservateur Costas Caramanlis paraît de plus en plus fragilisé. Son parti, la Nouvelle Démocratie, avait été reconduit
de justesse en septembre 2007, dans un pays profondément traumatisé par l'incurie des pouvoirs publics face à de gigantesques incendies d'été qui avaient fait quelque 70 morts et dévasté près de
200 000 hectares.
Sexe et culture. Les scandales des derniers mois ont encore affaibli le parti au pouvoir. En janvier, une très trouble
histoire de sexe, de chantage et de corruption avait éclaboussé le ministère de la Culture, accusé de détournements de subventions européennes et de déclassements de zones archéologiques.
D'autres affaires, plus récentes, ont aussi affaibli la puissante Eglise orthodoxe. Ce climat de fin de règne dure depuis des mois, d'autant que, désormais, Costas Caramanlis ne dispose plus que
d'une voix de majorité à la Chambre.
L'opposition socialiste clame que «le pays ne dispose pas d'un gouvernement qui puisse protéger les citoyens, leurs
droits et leur sécurité». «Le seul service que ce gouvernement puisse rendre au pays est de partir», a lancé hier son leader, George Papandréou, qui en appelle «au verdict populaire pour que le
peuple donne une solution». Mais, pour le moment, Costas Caramanlis s'accroche et joue l'unité nationale, appelant toutes les forces politiques «à unanimement, et catégoriquement, condamner et
isoler les auteurs des destructions». Certains analystes estiment, en revanche, que si la crise perdure, Caramanlis pourrait de lui-même jeter l'éponge, misant sur l'effet chienlit et la peur
suscitée par les violences pour remporter des élections anticipées.
Cure d'austérité. Le Premier ministre n'a jamais réussi à imposer les réformes de modernisation d'un système public
pléthorique promises... en 2004 lors de la constitution de son premier gouvernement. Mais la population et surtout les jeunes, que les Grecs appellent «la génération 600 euros» (c'est-à-dire
condamnée aux petits boulots précaires), ne sont pas prêts à accepter la cure d'austérité que tente d'imposer un pouvoir toujours délégitimé. «Ce gouvernement, comme d'ailleurs ceux de gauche qui
l'ont précédé, n'a plus aucun contact avec la réalité», explique l'auteure Ioanna Karyistiàni, qui fut, en 1973, sur les barricades contre la dictature. Pour elle, ce fiasco est le résultat de la
faillite de sa génération. «Si le système politique n'est pas capable de donner de l'espoir, de tels événements ne pourront que se reproduire. A l'infini», met-elle en garde.
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par Papyves83
publié dans :
Revue de Presse
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