Mercredi 26 mars 2008
Je ne tiens pas la Chine comme un modèle de démocratie, pas plus que de socialisme et je n’ai aucun problème à exprimer une condamnation à tout manquement
avéré aux droits humains où que ce soit. Droits humains incluant ceux de pouvoir manger, se loger, se vêtir, se soigner, s’éduquer…ce qui ne saurait amoindrir l’exigence de respect des autres
droits : de penser, de se réunir, d’exprimer ses opinions dans le respect de celle des autres, ce qui exclut toute discrimination raciale, ethnique, religieuse, sexiste, philosophique,
sociale…notamment.
Mais je me méfie des défenseurs sélectifs des droits de l’Homme et je pense à Reporters Sans Frontières, dont le président Ménard, invité du 20 h 00 de
Pujadas le 25 mars, était venu sommer les autorités françaises, après sa prestation médiatique en Grèce à propos du Tibet et de la répression chinoise, de boycotter la cérémonie d’ouverture et de
le faire savoir.Quelle autorité peut avoir ce Grand Inquisiteur à qui l’UNESCO vient de retirer son patronage à « la journée de la liberté sur internet » organisée par RSF le 12 mars ?
L’UNESCO ne voulait pas s’associer aux différentes manifestations organisées à cette occasion, car pour RSF, il s’agissait de cibler une quinzaine de pays, dont la Chine, Cuba, Viet-nam, Iran, Arabie Saoudite….considérés comme « ennemis d’internet ». RSF ayant recensé 62 cyberdissidents emprisonnés dans le monde et 2600 sites fermés ? sans en dire plus sur le contenu de ces sites…
Il désigne les « dictatures illégitimes et liberticides » et les « démocraties légitimes »…(qui envahissent l’Irak par exemple ou colonisent la Palestine) et qui sont donc légitimées à nous débarrasser des premières !
Il n’a, par exemple, rien à dire sur le fait que les Etats-Unis qui contrôlent l’internet au niveau mondial, interdisent à Cuba de se connecter par câble ! Ce qui quadruple le coût de la connection par satellite. Ce n’est que l’une des conséquences du boycott qu’ils imposent à Cuba.
Et, cerise sur le gâteau, le financement (pour partie) de RSF par la CIA, via des officines-écran, n’est plus un secret pour personne. Ménard ne le nie pas, il minimise : c’est si peu de chose.
Pour en revenir au Tibet, j’ai toujours du mal à comprendre ce qui s’est réellement passé, quelle est l’ampleur exacte de ces évènements, qu’est-ce qui motivait les manifestants, leur but ? L’indépendance, la liberté religieuse ? Etaient-ils instrumentalisés ? Par qui ?
On a tous vu des images et entendu des commentaires contradictoires, mais l’accent a surtout été mis sur la répression et le black-out des autorités chinoises qui auraient « ramené l’ordre ». A quel prix ?
Evidemment on ne règle pas les problèmes, quand ils sont politiques, à coups de matraque ou de fusil. Mais, objectivement, quel Etat, quel qu’il soit, peut-il sans réagir laisser se développer des émeutes à caractère raciste, qui avaient pris, d’après certains reportages, la forme d’atteintes aux biens et aux personnes d’origine chinoise qui sont, rappelons-le, deux fois plus nombreuses que les habitants d’origine tibétaine. Sans doute est-ce là un problème politique mais, n’étant pas un spécialiste de l’histoire de ce pays, depuis fort longtemps intégré à la Chine, je me garderai bien de prononcer un avis péremptoire sur ce problème.
Je souhaite simplement que les autorités chinoises privilégient le dialogue à la répression car on ne peut cautionner, si tel est le cas, une répression physique qui ne pourrait qu’accentuer les clivages au sein de la société chinoise et entre la Chine et le reste du monde.
Bien évidemment, au stade actuel, je considère comme totalement disproportionnée et irresponsable la menace de boycott des Jeux de Pékin.
-Sur RSF, voir le livre de Maxime Vivas « la face cachée de Reporters Sans Frontière, de la CIA aux faucons du Pentagone »
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