Lu dans l'Humanité du 26 décembre 2006
Par Vincent Bony, secrétaire départemental du PCF de la Loire.
La bataille du référendum, la construction du rassemblement antilibéral pour des candidatures unitaires en 2007, la recherche d’issues neuves dans la société... montrent l’importance d’une perspective politique répondant aux exigences de transformation sociale du XXIe siècle.
Certains le résument par la formule des «héritiers des échecs du XXe siècle», échec du stalinisme et de la social-démocratie, appelant à dépasser ces échecs par la constitution d’une nouvelle force politique rendue possible par la conjonction, la convergence de mouvements sociaux divers, des luttes féministes, de l’écologie et de la radicalité politiques, et qui trouve une dénomination commune dans le terme «antilibéral».
Pour beaucoup la séquence électorale de 2007, intervenant après l’échec commun aux forces engagées dans la gauche plurielle, est l’occasion d’avancer vers la constitution de cette nouvelle force politique, une élection présidentielle étant un moment fondateur de la vie politique nationale.
Communistes et fiers de l’être, nous nous sentons interpellés à double titre par cette recherche :
Ce débat nous intéresse : nous voulons la transformation sociale ici et maintenant, nous voulons qu’une majorité de notre peuple décide du changement, intervienne et donc s’organise pour cela.
Et disons-le sans acrimonie superflue, pour une part non négligeable nous sommes visés (au sens d’une cible) en tant que parti par ce débat, certains estimant que la forme parti est dépassée et / ou que le poids militant, politique, historique, symbolique du PCF est le dernier obstacle à lever, nonobstant sa mutation.
Or la recherche d’une construction nouvelle n’a pas éclairci franchement son objet.
Pêle-mêle : S’agit-il de faire contrepoids à gauche au poids grandissant du marché et aux forces qui l’accompagnent ? S’agit-il de construire une matrice nouvelle pour les luttes émancipatrices ? S’agit-il du passage « du » mouvement social au politique ? S’agit-il de répondre à l’échec de l’autonomie du mouvement social face aux politiques libérales ?...
Cette recherche d’une force nouvelle pour la transformation sociale ne peut faire l’impasse sur ce débat fondateur.
Nous savons ce que nous refusons (l’extension de la loi du fric sur toute activité humaine) même si nous ne sommes pas unanimes sur les réponses (pacifisme, nucléaire, croissance...).
Savons-nous ce que nous voulons fondamentalement au-delà d’un programme électoral ou d’une charte ?
La construction de cette nouvelle force ne peut avancer qu’en commençant justement par le plus difficile : l’élaboration d’un corpus idéologique, ce que nous appelons nous les communistes, la visée communiste, expression sur laquelle nous n’avons ni de droit d’auteur ni d’exclusivité d’approche.
Bref que pouvons-nous viser comme société idéale et comme chemin pour y parvenir ?
Travailler et construire les réponses à cette question est primordial.
C’est l’efficacité même pour pouvoir voyager au long cours, franchir les difficultés, arbitrer des discussions internes à cette nouvelle force en gestation.
Le rappel du souvenir de la liste « Bouge l’Europe » aux élections de 1999 souligne que l’expérience a déjà été vécue d’un rassemblement nouveau (la double parité homme-femme / communiste-non communiste avait été une réelle innovation) ou l’absence de cohésion sur le contenu a fait dérailler l’attelage au premier chaos important survenu (la guerre au Kosovo).
Ne lit-on pas dans l’expérience actuelle du rassemblement antilibéral de gauche pour des candidatures unitaires des difficultés du même type : un rassemblement réellement nouveau, une innovation réelle dans la construction, mais des différences fortes sur le coeur de l’objectif : le rapport à la démarche majoritaire, le rapport aux institutions, le rapport au mouvement populaire... Difficultés également sur les rapports inhérents à la diversité des composantes de cette force : rapport mouvement / parti, conceptions du rassemblement, convergences de cultures militantes diverses...
Aussi complexe et difficile soit cette recherche, celle-ci doit être menée avec tous ceux qui le souhaitent, à ciel ouvert, au sein et au dehors du PCF, dans la diversité et sans doute la confrontation d’opinions.
Attaché au choix du communisme à la condition de sa redéfinition ancrée dans le réel, je ne suis pas frileux devant ce débat et tiens à en préciser quelques pistes essentielles :
oeuvrer à partir de ce qui émerge de progressiste dans
les contradictions de la société pour permettre son émancipation par des conquêtes sociales, des sauts institutionnels et des ruptures, et non à partir d’un projet préconçu, prêt à porter.
Articuler la critique radicale de l’ordre existant et de la politique actuelle à la capacité d’une gestion publique alternative, sans tabou sur le pouvoir d’État et les institutions internationales, ce qui nécessite de s’impliquer franchement dans des majorités politiques.
Mettre en place une intervention politique sur le contenu du travail, sa finalité, son organisation et sa nécessaire transformation pour l’égalité sociale et travailler à éradiquer tout ce qui relève de la domination masculine dans la société pour construire l’égalité de genre.
Mettre la démocratie et l’appropriation sociale de tous les pouvoirs au centre de notre démarche, non seulement dans ses finalités mais aussi dans ses moyens pour dépasser le capitalisme.
Le travail de construction des fondations d’une force neuve de transformation sociale ne peut faire l’impasse sur la mise en échec du bipartisme, sur la conquête de millions d’électeurs au choix de l’espoir à gauche.
Ce travail s’appuiera d’autant mieux sur la réussite de campagne des présidentielles et législatives à venir.
Il se développera plus encore avec toutes les avancées que la nouvelle gauche que nous voulons voir advenir en 2007 permettra d’obtenir, renforçant ainsi les exigences d’une transformation sociale sans fin.
Ce travail gagnera à une campagne collective, unitaire, et victorieuse en 2007, une campagne qui commence par la construction la plus large, à sa base, dans la démocratie.
Voilà pourquoi je pense que la candidature de Marie-George Buffet apporte le plus de garanties pour changer vraiment en France et en Europe.

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